Lettori fissi

sabato 20 giugno 2015













Quelle révélation fut pour moi le Dictionnaire des onomatopées françoises du bon Nodier. Il m’a appris à explorer avec l’oreille la cavité des syllabes qui constituent l’édifice sonore d’un mot. Avec quel étonnement, avec quel émerveillement, j’ai appris que, pour l’oreille de Nodier, le verbe clignoter était une onomatopée de la flamme de la chandelle ! Sans doute l’œil s’émeut, la paupière tremble quand la flamme tremble. Mais l’oreille qui s’est donnée tout entière à la conscience d’écouter a déjà entendu la malaise de la lumière. On rêvait, on ne regardait plus. Et voici que le ruisseau des son de la flamme coule mal, les syllabes de la flamme se coagulent. Entendons bien : la flamme clignote. Les mots primitifs doivent imiter ce qu’on entend avant de traduire ce que l’on voir. Les trois syllabes de la flamme de la chandelle qui clignote se heurtent, se brisent l’une contre l’autre. Cli, gno, ter, aucune syllabe ne veut se fondre dans l’autre. Le malaise de la flamme est inscrit dans les petits hostilités des trois sonorités. Un rêveur de mots n’en finit pas de compatir avec ce drame des sonorités. Le mot clignoter est un des mots les plus tremblés de la langue français. 












Gaston Bachelard, La flamme d’une chandelle, PUF, Paris, 1961, p. 42-43. 

Nessun commento:

Posta un commento

Nota. Solo i membri di questo blog possono postare un commento.